L’année 2019 a marqué le début d’une prise de conscience au sujet de la question des abus sur mineurs et sur majeurs survenus dans l’Eglise catholique.

La chronique d’Erwan Le Morhedec d’août 2019 sur son blog http://www.koztoujours.fr nous invitait à dresser un bilan provisoire des abus commis dans l’Eglise catholique. Après les procès Preynat et Barbarin, la question des abus sur majeurs commence à poindre.

Sa conclusion mérite le détour : « 2019 n’a pas été seulement une année de vérité, mais une année de croissance, de responsabilité et de maturité. Des fidèles choqués mais déterminés à ne pas laisser s’éteindre la flamme qui les anime et les fait vivre se sont organisés pour se parler, comprendre et chercher des moyens d’agir. L’Eglise y gagne des laïcs impliqués et non plus simplement délégataires. Au milieu de probables autres pénibles révélations, la fin de 2019 et les décennies qui viennent restent à écrire, de décisions d’organisation en inspirations prophétiques. 2019, on reboot ! »

Retour sur les événements d’actualité marquants fin 2018 et en 2019 :

  • ,Le 13 novembre 2018, le père Thierry de Roucy, fondateur des Points-Cœur, est exclu de l’Ordre de la Légion d’honneur et privé du port de décorations française ou étrangère. Son renvoi de l’état clérical, prononcé par Mgr Rey le 22 juin 2018, faisait suite au jugement prononcé par un tribunal ecclésiastique, en 2011, par lequel il était reconnu reconnu coupable d’abus sexuel, d’abus de pouvoir et d’absolution du complice sur un homme majeur.
  • En février 2019, trois plaintes pour agression sexuelle à l’encontre de Mgr Luigi Ventura, ex nonce apostolique ont été déposées à son encontre. Après son départ de Paris, en septembre 2019, sa démission « pour raison d’âge » a été acceptée par le pape le 17 décembre.
  • Le 5 février 2019, le pape François, dans un avion de retour d’Abu-Dhabi, reconnaît, pour la première fois dans l’histoire de l’église l’existence d’abus sexuels commis à l’encontre de religieuses.
  • Le 5 mars 2019, le documentaire sur les religieuses abusées dans l’Eglise catholique des réalisateurs Eric Quintin et Marie-Pierre Raimbault est vu par 2,5 millions de personnes (dont 1,5 millions en France).
  • Le 7 mars 2019, le cardinal Barbarin était condamné à six mois de prison avec sursispour non-dénonciation des abus sexuels commis par Bernard Preynat, avant d’obtenir une décision d’acquittement, le 30 janvier 2020. La démission de ses fonctions d’Archevêque a été acceptée par le pape. L’affaire a été portée devant la Cour de cassation.
  • Le 10 mai 2019, lors d’une rencontre des supérieures générales de l’UISG venues du monde entier, le pape François affirme que pour donner aux femmes une place digne dans l’Eglise, les maux à combattre sont le service domestique où tant de religieuses sont reléguées et les abus sexuels, de pouvoir et de conscience dont nombre d’entre elles ont été ou sont victimes. 
  • En juin 2019, deux mois après le décès de Jean Vanier, intervenu le 7 mai 2019, une enquête interne est menée à la demande des responsables de l’Arche international. Ses conclusions, rendues publiques le 22 février 2020, affirment que leur fondateur a entretenu pendant des années des relations sexuelles sous emprise avec des femmes – majeures et non handicapées -, usant de son ascendant au sein de l’accompagnement spirituel et d’un discours mystique dévoyé pour obtenir leur consentement. L’enquête démontre aussi qu’il était au courant des agressions sexuelles commises par son père spirituel, le père Thomas Philippe, dont il a partagé certaines théories et pratiques.

Enfin, en 2019, le catholicisme et ses abus ont été portés à l’écran :

  • « Grâce à Dieu » de François Ozon, consacré à l’affaire Preynat, qui a enregistré près de 920 000 entrées.
  • « Les éblouis »   de Sarah Suco, a montré les traumatismes et agressions subis par les enfants de communautaires charismatiques et d’une consacrée confrontés aux dérives (200 000 entrées).

Comme le souligne Lucetta Scaraffia dans son nouveau livre « féministe et chrétienne », paru le 4 mars 2020, aux éditions Bayard :
« Les raisons qui ont permis la diffusion et l’enracinement des abus sexuels sont les mêmes pour les mineurs et les religieuses, et il est évident que si elles ne sont pas traitées sérieusement, elles risquent de déclencher un processus irréversible susceptible de nuire gravement à l’Eglise tout entière. » p 82.

Sentinelle restera mobilisée en 2020 pour continuer à créer du lien entre les personnes.